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Extrait modifié du dictionnaire philosophique de Voltaire.

Extrait DE OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE. J'ai modifié le texte.

Ce texte sur internet tente de présenter les divinités des autres peuples comme des anges depuis la perception chrétienne. Hors le mot ange, que se soit dans une hiérarchie mythologique ou nommant un ensemble de la hiérarchie des dieux de la mythologie chrétienne, ils restent des dieux physiques avec un esprit, qui se nourrissent, marchent sur la terre et volent avec des ailes comme les malachs de la mythologie juive. Le mot ange n'est qu'un qualificatif, celui de messager d'autres dieux, comme Yahvé, El ou d'autres dieux des mythologies Abrahamiques et donc chrétienne. Satan étant un dieu n'est cependant jamais nommé par ce mot directement dans le sens de dieu messager. Les catholiques n'ont donc rien synchrétisé pas plus que les chrétiens. Et dans la suite du texte on apprend que c'est une divinité chaldéenne.

Section I.

Dieux des Indiens, des Perses, etc.

L'auteur de l'article, dans l'Encyclopédie, dit que « toutes les mythologies ont admis l'existence des dieux, quoique la raison naturelle ne la démontre pas. »

Nous n'avons point d'autre raison que la naturelle. Ce qui est surnaturel est au-dessus de la raison. Il fallait dire (si je ne me trompe) que toutes les les mythologies, celle de Numa, celle du sabisme, celle des druides, celle de la Chine, celle des Scythes, celle des anciens Phéniciens et des anciens Égyptiens, avaient leurs dieux.

Nous entendons par les mot ange en français de aggelos messager ou des Péris perses, des ministres d'une déesse ou d'un ou de plusieurs dieux, des députés, des êtres mitoyens entre les dieux et les humains, envoyés pour nous signifier ses ordres.

Aujourd'hui, en 1772, il y a juste quatre mille huit cent soixante et dix-huit ans que les brachmanes se vantent d'avoir par écrit leur première loi sacrée, intitulée le Shasta, quinze cents ans avant leur seconde loi nommée Veidam, qui signifie la parole du dieu. Le Shasta contient cinq chapitres: le premier, du dieu et de ses attributs; le second, de la création des dieux; le troisième, de la chute des dieux; le quatrième, de leur punition; le cinquième, de leur pardon, et de la création de l'humain.

Il est utile de remarquer d'abord la manière dont ce livre parle du dieu.

Premier chapitre du Shasta. — Le dieu est un; il a créé tout; c'est une sphère parfaite sans commencement ni fin. Le dieu conduit toute la création par une providence générale résultante d'un principe déterminé. Tu ne rechercheras point à découvrir l'essence et la nature de l'Éternel, ni par quelles lois il gouverne; une telle entreprise est vaine et criminelle; c'est assez que jour et nuit tu contemples dans ses ouvrages sa sagesse, son pouvoir et sa bonté. »

Après avoir payé à ce début du Shasta le tribut d'admiration que nous lui devons, voyons la création de dieux.

Second chapitre du Shasta.— « L'Éternel, absorbé dans la contemplation de sa propre existence, résolut, dans la plénitude des temps, de communiquer sa gloire et son essence à des êtres capables de sentir et de partager sa béatitude, comme de servir à sa gloire. L'Éternel voulut, et ils furent. Il les forma en partie de son essence, capables de perfection et d'imperfection, selon leur volonté.

« L'Éternel créa d'abord Birma, Vitsnou et Sib; ensuite Mozazor et toute la multitude de dieux. L'Éternel donna la prééminence à Birma, à Vitsnou et à Sib. Birma fut le prince de l'armée divine; Vitsnou et Sib furent ses coadjuteurs. L'Éternel divisa l'armée divine en plusieurs bandes, et leur donna à chacune un chef. Ils adorèrent l'Éternel, rangés autour de son trône, chacun dans le degré assigné. L'harmonie fut dans les cieux. Mozazor, chef de la première bande, entonna le cantique de louange et d'adoration au créateur, et la chanson d'obéissance à Birma, sa première créature; et l'Éternel se réjouit dans sa nouvelle création. »

Chap. III. De la chute d'une partie des dieux.— « Depuis la création de l'armée céleste, la joie et l'harmonie environnèrent le trône de l'Éternel dans l'espace de mille ans, multipliés par mille ans, et auraient duré jusqu'à ce que le temps ne fût plus, si l'envie n'avait pas saisi Mozazor et d'autres princes des bandes divines. Parmi eux était Raabon, le premier en dignité après Mozazor. Immémorants du bonheur de leur création et de leur devoir, ils rejetèrent le pouvoir de perfection, et exercèrent le pouvoir d'imperfection. Ils firent le mal à l'aspect de l'Éternel; ils lui désobéirent, et refusèrent de se soumettre au lieutenant du dieu, et à ses associés Vitsnou et Sib; et ils dirent: « Nous voulons gouverner; » et, sans craindre la puissance et la colère de leur créateur, ils répandirent leurs principes séditieux dans l'armée céleste. Ils séduisirent les dieux, et entraînèrent une grande multitude dans la rébellion; et elle s'éloigna du trône de l'Éternel; et la tristesse saisit les esprits divins fidèles, et la douleur fut connue pour la première fois dans le ciel. »

Chap. IV. Châtiment des dieux coupables. —« L'Éternel, dont la toute-science, la prescience et l'influence s'étend sur toutes choses, excepté sur l'action des êtres qu'il a créés libres, vit avec douleur et colère la défection de Mozazor de Raabon, et des autres chefs des dieux.

« Miséricordieux dans son courroux, il envoya Birma, Vitsnou et Sib, pour leur reprocher leur crime et pour les porter à rentrer dans leur devoir; mais, confirmés dans leur esprit d'indépendance, ils persistèrent dans la révolte. L'Éternel alors commanda à Sib de marcher contre eux, armé de la toute-puissance, et de les précipiter du lieu éminent dans le lieu de ténèbres, dans l'Ondéra, pour y être punis pendant mille ans, multipliés par mille ans. »

Précis du cinquième chapitre. —Au bout de mille ans, Birma, Vitsnou et Sib sollicitèrent la clémence de l'Éternel en faveur des délinquants. L'Éternel daigna les délivrer de la prison de l'Ondéra, et les mettre dans un état de probation pendant un grand nombre de révolutions du soleil. Il y eut encore des rébellions contre le dieu dans ce temps de pénitence.

Ce fut dans une de ces périodes que le dieu créa la terre; les dieux pénitents y subirent plusieurs métempsycoses; une des dernières fut leur changement en vaches. C'est de là que les vaches devinrent sacrées dans l'Inde. Et enfin ils furent métamorphosés en hommes. De sorte que le système des Indiens sur les dieux est précisément celui du jésuite Bougeant, qui prétend que les corps des bêtes sont habités par des dieux pécheurs. Ce que les brachmanes avaient inventé sérieusement, Bougeant l'imagina plus de quatre mille ans après par plaisanterie; si pourtant ce badinage n'était pas en lui un reste de superstition mêlé avec l'esprit systématique, ce qui est arrivé assez souvent.

Telle est l'histoire des dieux chez les anciens brachmanes, qu'ils enseignent encore depuis environ cinquante siècles. Nos marchands qui ont trafiqué dans l'Inde n'en ont jamais été instruits; nos missionnaires ne l'ont pas été davantage; et les brames, qui n'ont jamais été édifiés, ni de leur science, ni de leurs moeurs, ne leur ont point communiqué leurs secrets. Il a fallu qu'un Anglais, nommé M. Holwell, ait habité trente ans à Bénarès sur le Gange, ancienne école des brachmanes; qu'il ait appris l'ancienne langue sacrée du Hanscrit, et qu'il ait lu les anciens livres de la mythologie indienne, pour enrichir enfin notre Europe de ces connaissances singulières: comme M. Sale avait demeuré longtemps en Arabie pour nous donner une traduction fidèle de l'Alcoran, et des lumières sur l'ancien sabisme, auquel a succédé la mythologie musulmane: de même encore que M. Hyde a recherché pendant vingt années, en Perse, tout ce qui concerne la mythologie des mages.

Des dieux des Perses. — Les Perses avaient trente et un dieux. Le premier de tous, et qui est servi par quatre autres dieux, s'appelle Bahaman; il a l'inspection de tous les animaux, excepté de l'homme, sur qui le dieu s'est réservé une juridiction immédiate.

le dieu préside au jour où le soleil entre dans le bélier, et ce jour est un jour de sabbat; ce qui prouve que la fête du sabbat était observée chez les Perses dans les temps les plus anciens.

Le second dieu préside au huitième jour, et s'appelle Débadur.

Le troisième est Kur, dont on a fait depuis probablement Cyrus; et c'est le dieu du soleil.

Le quatrième s'appelle Ma et il préside à la lune.

Ainsi chaque dieu a son district. C'est chez les Perses que la doctrine de dieu gardien et du mauvais dieu fut d'abord reconnue. On croit que Raphaël était le dieu gardien de l'empire persan.

Des dieux chez les Hébreux.—Les Hébreux ne connurent jamais la chute des dieux jusqu'aux premiers temps de l'ère chrétienne. Il faut qu'alors cette doctrine secrète des anciens brachmanes fût parvenue jusqu'à eux: car ce fut dans ce temps qu'on fabriqua le livre attribué à Énoch, touchant les dieux pécheurs chassés du ciel.

Énoch devait être un auteur fort ancien, puisqu'il vivait, selon les Juifs, dans la septième génération avant le déluge: mais puisque Seth, plus ancien encore que lui, avait laissé des livres aux Hébreux, ils pouvaient se vanter d'en avoir aussi d'Énoch. Voici donc ce qu'Énoch écrivit selon eux:

« Le nombre des hommes s'étant prodigieusement accru, ils eurent de très belles filles; les dieux, les brillants, Egregori, en devinrent amoureux, et furent entraînés dans beaucoup d'erreurs. Ils s'animèrent entre eux, ils se dirent: « Choisissons-nous des femmes parmi les filles des hommes de la terre. » Semiaxas leur prince dit: « Je crains que vous n'osiez pas accomplir un tel dessein, et que je ne demeure seul chargé du crime. » Tous répondirent: « Faisons serment d'exécuter notre dessein, et dévouons-nous à l'anathème si nous y manquons. » Ils s'unirent donc par serment et firent des imprécations. Ils étaient au nombre de deux cents. Ils partirent ensemble, du temps de Jared, et allèrent sur la montagne appelée Hermonim à cause de leur serment. Voici le nom des principaux: Semiaxas, Atarcuph, Araciel, Chobahiel, Sampsich, Zaciel, Pharmar, Thausael, Samiel, Tyriel, Jumiel.

« Eux et les autres prirent des femmes l'an onze cent soixante et dix de la création du monde. De ce commerce naquirent trois genres d'hommes, les géants, Naphelim, etc. »

L'auteur de ce fragment écrit de ce style qui semble appartenir aux premiers temps; c'est la même naïveté. Il ne manque pas de nommer les personnages; il n'oublie pas les dates; point de réflexions, point de maximes: c'est l'ancienne manière orientale.

On voit que cette histoire est fondée sur le sixième chapitre de la Genèse(4):« Or, en ce temps il y avait des géants sur la terre; car les enfants de dieu ayant eu commerce avec les filles des hommes. elles enfantèrent les puissances du siècle. »

Le livre d'Énoch et la Genèse sont entièrement d'accord sur l'accouplement des dieux avec les filles des hommes, et sur la race des géants qui en naquit: mais ni cet Énoch ni aucun livre de l'ancien Testament ne parle de la guerre des dieux contre le dieu, ni de leur défaite, ni de leur chute dans un enfer, ni de leur haine contre le genre humain.

Presque tous les commentateurs de l'ancien Testament disent unanimement qu'avant la captivité de Babylone les Juifs ne surent le nom d'aucun dieu chaldéen. Celui qui apparut à Manué, père de Samson, ne voulut point dire le sien.

Lorsque les trois dieux apparurent à Abraham, et qu'il fit cuire un veau entier pour les régaler, ils ne lui apprirent point leurs noms. L'un d'eux lui dit: « Je viendrai vous voir, si le dieu me donne vie, l'année prochaine, et Sara votre femme aura un fils(5). »

Dom Calmet trouve un très grand rapport entre cette histoire et la fable qu'Ovide raconte dans ses Fastes, de Jupiter, de Neptune et de Mercure, qui, ayant soupé chez le vieillard Hyrieus, et le voyant affligé de ne pouvoir faire des enfants, pissèrent sur le cuir du veau qu'Hyrieus leur avait servi, et ordonnèrent à Hyrieus d'enfouir sous terre et d'y laisser pendant neuf mois ce cuir arrosé de l'urine céleste. Au bout de neuf mois, Hyrieus découvrit son cuir; il y trouva un enfant qu'on appela Orion, et qui est actuellement dans le ciel. Calmet dit même que les termes dont se servirent les dieux avec Abraham, peuvent se traduire ainsi: « Il naîtra un fils de votre veau. »

Quoi qu'il en soit les dieux ne dirent point leur nom à Abraham; ils ne le dirent pas même à Moise; et nous ne voyons le nom de Raphaël que dans Tobie du temps de la captivité. Tous les autres noms de dieux sont pris évidemment des Chaldéens et des Perses. Raphaël, Gabriel, Uriel etc., sont persans et babyloniens. Il n'y a pas jusqu'au nom d'Israël qui ne soit chaldéen. Le savant juif Philon le dit expressément dans le récit de sa députation vers Caligula (avant-propos).

Nous ne répèterons point ici ce qu'on a dit ailleurs des dieux chaldéens.

Savoir si les Grecs et les Romains admirent les dieux chaldéens. — Ils avaient assez de dieux et de demi-dieux pour se passer d'autres êtres subalternes. Mercure faisait les commissions de Jupiter, Iris celles de Junon; cependant ils admirent encore des génies, des démons. La doctrine des dieux gardiens fut mise en vers par Hésiode, contemporain d'Homère. Voici comme il s'explique dans le poème des Travaux et des Jours:

Dans les temps bienheureux de Saturne et de Rhée,
Le mal fut inconnu, la fatigue ignorée;
Les dieux prodiguaient tout: les humains satisfaits,
Ne se disputant rien, forcés de vivre en paix.
N'avaient point corrompu leurs moeurs inaltérables.
La mort, l'affreuse mort, si terrible aux coupables,
N'était qu'un doux passage, en ce séjour mortel,
Des plaisirs de la terre aux délices du ciel.
Les hommes de ces temps sont nos heureux génies,
Nos démons fortunés, les soutiens de nos vies;
Ils veillent près de nous; ils voudraient de nos coeurs
Écarter, s'il se peut le crime et les douleurs, etc.

Plus on fouille dans l'antiquité, plus on voit combien les nations modernes ont puisé tour à tour dans ces mines aujourd'hui presque abandonnées. Les Grecs, qui ont si longtemps passé pour inventeurs, avaient imité l'Égypte, qui avait copié les Chaldéens, qui devaient presque tout aux Indiens. La doctrine des dieux gardiens, qu'Hésiode avait si bien chantée, fut ensuite sophistiquée dans les écoles; c'est tout ce qu'elles purent faire. Chaque homme eut son bon et son mauvais génie, comme chacun eut son étoile.

Est genius, natale comes qui temperat astrum.
Horace, lib. II, ep. II, v. 187.

Socrate, comme on sait, avait un bon dieu mais il faut que ce soit le mauvais qui l'ait conduit. Ce ne peut être qu'un très mauvais dieu qui engage un philosophe à courir de maison en maison pour dire aux gens, par demande et par réponse, que le père et la mère, le précepteur et le petit garçon, sont des ignorants et des imbéciles. Le dieu gardien a bien de la peine alors à garantir son protégé de la ciguë.

On ne connaît de Marcus Brutus que son mauvais dieu, qui lui apparut avant la bataille de Philippes.

Section II.

La doctrine des dieux est une des plus anciennes du monde, elle a précédé celle de l'immortalité de l'âme: cela n'est pas étrange. Il faut de la philosophie pour croire immortelle l'âme de l'humain mortel: il ne faut que de l'imagination et de la faiblesse pour inventer des êtres supérieurs à nous, qui nous protègent ou qui nous persécutent. Cependant il ne parait pas que les anciens Égyptiens eussent aucune notion de ces êtres célestes, revêtus d'un corps (non éthéré), et ministres des ordres d'un dieu. Les anciens Babyloniens furent les premiers qui admirent cette théologie. Les livres hébreux emploient les dieux dès le premier livre de la Genèse; mais la Genèse ne fut écrite que lorsque les Chaldéens étaient une nation déjà puissante; et ce ne fut même que dans la captivité à Babylone que les Juifs apprirent les noms de Gabriel, de Raphaël, Michaël, Uriel, etc., qu'on donnait a ces dieux là. C'est une chose très singulière que les mythologies des sectes judaïque et chrétienne étant fondées sur la chute d'Adam, cette chute étant fondée sur la tentation d'un dieu, dit le diable qui n'est pas le Satan dieu des chaldéens, cependant il ne soit pas dit un seul mot dans le Pentateuque de l'existence des mauvais dieux, encore moins de leur punition et de leur demeure dans un enfer.

La raison de cette omission est évidente; c'est que les mauvais dieux ne leur furent connus que dans la captivité à Babylone; c'est alors qu'il commence à être question d'Asmodée, que Raphaël alla enchaîner dans la haute Égypte; c'est alors que les Juifs entendent parler de Satan. Ce mot Satan était chaldéen, et le livre de Job, habitant de Chaldée, est le premier qui en fasse mention.

Les anciens Perses disaient que Satan était un génie qui avait fait la guerre aux Dives et aux Péris, c'est-à-dire aux fées.

Ainsi, selon les règles ordinaires de la probabilité, il serait permis à ceux qui ne se serviraient que de leur raison, de penser que c'est dans cette théologie qu'on a enfin pris l'idée, chez les Juifs et les chrétiens, que de mauvais dieux avaient été chassés du ciel, et que leur prince avait tenté Ève sous la figure d'un serpent et qui n'est pas Satan.

On a prétendu qu'Isaïe (dans son chapitre XIV, v. 12) avait cette allégorie en vue quand il dit: Quomodo cecidisti de coelo, Lucifer, qui mane oriebaris? « Comment es-tu tombé du ciel, astre de lumière, qui te levais au matin? »

C'est même ce verset latin, traduit d'Isaïe, qui a procuré au diable le nom de Lucifer qui est un dieu de la Rome antique. On n'a pas songé que Lucifer signifie celui qui répand la lumière et n'est pas Satan. On a encore moins réfléchi aux paroles d'Isaïe. Il parle du roi de Babylone détrôné, et, par une figure commune, il lui dit: « Comment es-tu tombé des cieux, astre éclatant? »

Il n'y a pas d'apparence qu'Isaïe ait voulu établir par ce trait de rhétorique la doctrine des dieux précipités dans un enfer: aussi ce ne fut guère que dans le temps de la primitive secte chrétienne, que les rabbins s'efforcèrent d'encourager cette doctrine, pour sauver ce qu'il y avait d'incroyable dans l'histoire d'un serpent qui séduisit la mère des hommes, et qui, condamné pour cette mauvaise action à marcher sur le ventre, a depuis été l'ennemi de l'homme, qui tâche toujours de l'écraser, tandis que celui-ci tâche toujours de le mordre. Des dieux célestes, précipitées dans l'abîme, qui en sortent pour persécuter le genre humain ont paru quelque chose de plus sublime.

On ne peut prouver, par aucun raisonnement, que ces puissances célestes et infernales existent; mais aussi on ne saurait prouver qu'elles n'existent pas. Il n'y a certainement aucune contradiction à reconnaître des dieux bons ou mauvais, qui ne soient ni de la nature de Yahvé ni de la nature des hommes; mais il ne suffit pas qu'une chose soit possible pour la croire.

Les dieux qui présidaient aux nations chez les Babyloniens et chez les Juifs, sont précisément ce qu'étaient les dieux d'Homère, des êtres célestes subordonnés à un être suprême. L'imagination qui a produit les uns a probablement produit les autres. Le nombre des dieux inférieurs s'accrut avec la mythologie d'Homère. Le nombre des dieux augmenta chez les chrétiens avec le temps.

Les auteurs connus sous le nom de Denys l'aréopagite et de Grégoire Ier fixèrent le nombre des dieux à neuf choeurs dans trois hiérarchies: la première, des séraphins, des chérubins et des trônes; la seconde, des dominations, des vertus et des puissances; la troisième, des principautés, des archanges, et enfin des anges, qui donnent la dénomination à tout le reste ( et demeurent tout de même des êtres physiques). Il n'est guère permis qu'à un pape de régler ainsi les rangs dans le ciel.

Section III.

Ange, en grec, envoyé; on n'en sera guère plus instruit quand on saura que les Perses avaient des Péris, les Hébreux des Malakim, les Grecs leurs Daimonoi.

Mais ce qui nous instruira peut-être davantage, ce sera qu'une des premières idées des hommes a toujours été de placer des êtres intermédiaires entre les divinité et nous; ce sont ces démons, ces génies que l'antiquité inventa; l'homme fit toujours les dieux à son image. On voyait les princes signifier leurs ordres par des messagers, donc la divinité envoie aussi ses courriers: Mercure, Iris, étaient des courriers, des messagers.

Les Hébreux, un peuple conduit par des divinités, ne donnèrent point d'abord de noms aux dieux que Yahvé daignait enfin leur envoyer; ils empruntèrent les noms que leur donnaient les Chaldéens, quand la nation juive fut captive dans la Babylonie; Michel et Gabriel sont nommés pour la première fois par Daniel, esclave chez ces peuples. Le Juif Tobie qui vivait à Ninive, connut le dieu Raphaël qui voyagea avec son fils pour l'aider à retirer de l'argent que lui devait le Juif Gabaël.

Dans les lois des Juifs, c'est-à-dire dans le Lévitique et le Deutéronome, il n'est pas fait la moindre mention de l'existence des dieux chaldéens, à plus forte raison de leur culte; aussi les saducéens ne croyaient-ils point aux dieux chaldéens.

Mais dans les histoires des Juifs il en est beaucoup parlé. Ces dieux messagers étaient corporels; ils avaient des ailes au dos, comme les gentils feignirent que Mercure en avait aux talons; quelquefois ils cachaient leurs ailes sous leurs vêtements. Comment n'auraient-ils pas eu de corps, puisqu'ils buvaient et mangeaient, et que les habitants de Sodome, cette ville qui n'a pas existé, voulurent commettre le péché de pédérastie avec les dieux qui allèrent chez Loth?

L'ancienne tradition juive, selon Ben Maimon, admet dix degrés, dix ordres de dieux. 1. Les chaios acodesh, purs, saints. 2. Les ofamin, rapides. 3. Les oralim, les forts. 4. Les chasmalim. les flammes. 5. Les séraphim, étincelles. 6. Les malakim, anges, messagers. députés. 7. Les eloim, les dieux ou juges. 8. Les ben eloim, enfants des dieux. 9. Cherubim. images. 10. Ychim, les animés. Et dans la génèse il est écrit que se sont les Elohim, les dieux donc, qui créèrent la terre mythologique, puisque biens sur les juifs étaient resteront des polythéistes.

L'histoire de la chute des dieux ne se trouve point dans les livres de Moïse; le premier témoignage qu'on en rapporte est celui du prophète Isaïe, qui, apostrophant le roi de Babylone, s'écrie(6): « Qu'est devenu l'exacteur des tributs? les sapins et les cèdres se réjouissent de sa chute; comment es-tu tombé du ciel, ô Hellel, étoile du matin? » On a traduit cet Hellel par le mot latin Lucifer; et ensuite, par un sens allégorique, on a donné le nom de Lucifer au prince des dieux qui firent la guerre dans le ciel; et enfin ce nom, qui signifie phosphore et aurore, n'est pas le nom du diable. Et le nom du dieu Lucifer n'est jamais mentionné dans la Torah, ni dans Bible.

La mythologie chrétienne est fondée sur la chute des anges. Ceux qui se révoltèrent furent précipités des sphères qu'ils habitaient dans l'enfer au centre de la terre, et devinrent diables. Un diable tenta Ève sous la figure d'un serpent, et damna le genre humain. Jésus le Christ le demi dieu qui n'a pas existé n'a donc pas eu a racheter le genre humain de dieux mythologiques, et triompher du diable, qui ne tente personne. Cependant cette tradition fondamentale ne se trouve que dans le livre apocryphe d'Énoch, et encore y est-elle d'une manière toute différente de la tradition reçue.

Saint Augustin, dans sa cent neuvième lettre, ne fait nulle difficulté d'attribuer des corps déliés et agiles aux bons et aux mauvais dieux. Le pape Grégoire Ier a réduit à neuf choeurs, à neuf hiérarchies ou ordres, les dix choeurs des dieux reconnus par les Juifs.

Les Juifs avaient dans leur temple deux chérubins ayant chacun deux têtes, l'une de boeuf et l'autre d'aigle, avec six ailes. Et l'on sait que la manufacture d'idole leur est interdite dans leur secte. Nous les peignons aujourd'hui sous l'image d'une tête volante, ayant deux petites ailes au-dessous des oreilles. Nous peignons les dieux et leurs supérieurs sous la figure de jeunes gens, ayant deux ailes au clos. A l'égard des trônes et des dominations, on ne s'est pas encore avisé de les peindre.

Saint Thomas, à la question cviii, art. 2, dit que les trônes sont aussi près du dieu Yahvé que les chérubins et les séraphins parce que c'est sur eux que ce dieu Yhavé est assis. Scot a compté mille millions de dieux. L'ancienne mythologie des bons et des mauvais génies ayant passé de l'Orient en Grèce et à Rome, nous consacrâmes cette opinion, en admettant pour chaque homme un bon et un mauvais dieu, dont l'un l'assiste, et l'autre lui nuit depuis sa naissance jusqu'à sa mort: mais on ne sait pas encore si ces bons et mauvais dieux passent continuellement de leur poste à un autre, ou s'ils sont relevés par d'autres. Consultez sur cet article la Somme de saint Thomas.

Après ce texte que j'ai changé et que je modifierai peut être a nouveau, on peut constater que même dans le dernier livre du nouveau testament, le dieu chaldéen Satan est pour les rédacteurs un des dieux, dieu des chaldéens et donc de la babylonie, dont babylone fut une cité prospère et où les juifs ont été déporté, là où des juifs empruntèrent le nom de ce dieu. Luigi Cascioli explique dans son livre que le dernier texte du nouveau testament, l'appelé apocalypse, est en fait la déclaration de guerre aux romains de l'antiquité. Cependant aucune preuve ou description spéciale ne définie le satan comme un dieu dans l'ancien testament. En fait on ne sait pas s'il s'agit d'un humain ou d'un dieu.


Article ajouté le 2007-01-30 et consulté 14408 fois
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