On s'étonne, de ce côté-ci de la frontière, de certaines pratiques françaises en général, et de celles du président fraîchement élu Nicolas Sarkozy en particulier. Dimanche soir, l'homme nous avait épatés par la tenue et l'ouverture de son discours. Il sera donc le président de tous les Français. Il tendra une main loyale à ses adversaires et aux partenaires sociaux. Il défendra certes la "valeur travail" et la famille, puisque tel est son programme, mais défendra au nom de la France les faibles et les opprimés du monde entier. Et surtout : on le jugera sur ses actes, ses actes et encore ses actes ! Sur quoi il a filé manger au Fouquet's, propriété du groupe Barrière et de son ami Dominique Desseigne. En termes de communication, on pouvait faire mieux, mais bon... La campagne a sans doute été éprouvante, même pour un hyperactif comme Nicolas Sarkozy. On comprend donc que l'élu veuille souffler avant d'attaquer un quinquennat chargé. Le voilà au vert - pardon : au bleu, sur un yacht privé de 60 mètres de long qui aurait été aimablement mis à disposition par un autre de ses amis, l'étoile montante des médias français Vincent Bolloré. Et c'est un jet privé du même Bolloré qui aurait emmené la petite famille Sarkozy à Malte. Là, Monsieur le Président, ce n'est plus une faute de goût, c'est une faute politique. On ne s'y prendrait pas autrement pour narguer les 46 % de Français méfiants qui n'ont pas voté pour vous. Vouloir nettoyer les banlieues au Kärcher n'était pas malin, asperger la République de ce champagne-là ne l'est pas davantage. Peut-être faut-il y voir la tactique de "rupture" chère au candidat de l'UMP, une façon d'en finir avec tous les tabous, y compris celui de l'argent. A moins que Nicolas Sarkozy ne soit pas vraiment le président de la rupture qu'il prétend être. Du moins pas quand il s'agit de soigner des relations privilégiées avec une caste où figurent en bonne place les faiseurs d'opinion. Bonnes vacances quand même, Monsieur le Président. Elles seront courtes. |